Municipales 2026 - Parmi d’autres livres-enquêtes, il avait déjà fait paraître le remarqué Les Barons, sur « ces tout-puissants élus locaux qui défraient la chronique ». C’est donc assez naturellement que le journaliste Jean-Baptiste Forray a choisi de fouler des mois durant les ruelles niçoises à la recherche des coulisses et secrets de la guerre Estrosi-Ciotti. Interview.
- Les Frères ennemis de la Côte (Éd. Plon), Jean-Baptiste Forray, 2026. 304 pages. 20 euros.

Nice-Presse : Après tout ce travail d’enquête, selon vous, qu’est-ce qui explique cette guerre ouverte : des fractures politiques, personnelles, un peu des deux ?
Jean-Baptiste Forray : Tout ça est essentiellement un conflit de pouvoir. Leur relation n’a jamais été égalitaire. Estrosi a toujours considéré Ciotti comme son collaborateur, son serviteur. Dans les années 2010, quand le second commençait à prendre la lumière à l’Assemblée et à l’UMP, le premier était écarté sans ménagement du gouvernement. Dans cette « cour du roi Sarko », l’égo et la concurrence ont fait le reste. Le rêve de Ciotti, c’est d’être Estrosi. Avoir quinze centimètres de plus et une belle mèche, m’a-t-on beaucoup dit (sourire). À droite, l’un s’est mis à marcher sur les plates-bandes de l’autre.
Que retenir parmi les anecdotes qui permettent de mieux comprendre les candidats ?
Pour Estrosi, l’un des personnages clés de cette saga : Dominique Estrosi-Sassone. C’est elle qui a façonné le maire, par son réseau, par son instinct, par son talent. Eric Ciotti est d’ailleurs sans doute l’une des causes de leur séparation. La sénatrice occupe un rôle central dans la campagne, elle remplacerait son ex-mari s’il était empêché.
Au début, on se moquait de lui. On entendait«vroum vroum » dans l’assistance pour rappeler son passé de motard. Il n’imposait pas. Il vous l’a raconté. Ça a changé. Il a un sens du contact phénoménal, doublé d’un sens politique dingue. « Plus vert que vert » avec les écolos, meilleur ami des homos, etc. Tout le monde retrouve ce qu’il veut avec Estro. Il est entre Jacques Chirac et Johnny Hallyday…

Pour Ciotti, son envie de compter dans les milieux mondains. Dans les chasses en Sologne, il côtoie l’élite, banquiers, politiques, industriels. Il rattrape là les années où on raillait son accent et ses sorties droitières. Son alliance avec le RN se comprend aussi comme ça. Il se plaît bien en « grand duc » de cette galaxie d’extrême droite.
Politiquement, que retient-on de l’un et de l’autre à la lecture de ce livre ?
Une confirmation, donnée par une Dominique Estrosi-Sassone. Oui, selon elle, Christian Estrosi a bel et bien été tenté, dans les années 1990, par une entente avec le Front national pour conserver la Région PACA. Il a beaucoup hésité, mais il ne l’a pas fait, par peur de devenir tricard, de se cramer.
Pour Ciotti, son attrait démesuré pour les enterrements ! Il envoie toujours des gerbes payées par le Département, ou il se débrouille pour être présent, voire pour s’exprimer, même quand il ne connaissait pas le défunt. Et parfois pour parler… d’Estrosi. Certains, depuis, le surnomment « Le Diacre ». Un public captif de personnes âgées qui votent, ça ne se refuse pas.

À 3 semaines du premier tour, quel serait votre pronostic ?
Entre les deux, je dirais Éric Ciotti. En 2024, il s’est constitué un socle d’électeurs RN. Maintenant, il élargit sa base en se recentrant. Les notables l’ont rejoint, c’est souvent un signe que le vent tourne : le président du club de foot, le patron des patrons, etc. S’il remporte le match, il pourra fournir à Marine Le Pen le trophée qu’il lui avait promis. Et justifier la réussite de son projet « d’union des droites ».
Reste que Christian Estrosi est un formidable animal politique, et qu’il a envie de le crever (sourire). La messe est loin d’être dite, puisqu’il ne baissera pas les bras.
Nice pourrait être « une France en miniature ». Elle a été l’une des seules grandes villes, lors des derniers scrutins, à vraiment se rapprocher des résultats nationaux. Ce sera aussi intéressant de voir comment cette « capitale de la droite » va se positionner.
Comment cela se passe, d’enquêter « en terrain miné », autour de cette guerre politique sur la Côte d’Azur ?
Les deux ont été sur leurs gardes, leur approche a été différente. Avant de m’accueillir, Éric Ciotti m’a envoyé deux de ses collaborateurs, autour d’un café, pour voir ce que j’avais dans le ventre. Avec courtoisie, dans un café chic où Marine Le Pen occupait la table voisine… La suite a été simple. Son sujet de conversation favori, c’est Christian Estrosi.

Justement avec le deuxième, ça a été le « grand show » je dirais. Il m’a promené partout, en vélo, en tramway, sur la coulée verte et jusque devant la station d’épuration. C’était sa ville qu’il voulait faire découvrir à un non-Niçois. Le faire parler de « Éric », comme il l’appelle encore, c’était autre chose ! Il y a consenti, avant de vite rappeler qu’il a « une Métropole de 600 000 habitants à gérer », et que Ciotti n’occupait pas plus « d’un millionième de ses pensées ». C’est d’une mauvaise foi si terrible qu’il ne peut même pas se raconter ça à lui-même !
Mais contre toute attente, ce livre est le plus simple qu’il m’ait été donné d’écrire. On ne m’a pas mis de bâton dans les roues. Alors que les deux n’ont pas fait le deuil de ce divorce. Quand l’un parle de l’autre, on dirait qu’il évoque son ex-femme…
Municipales 2026, qui sont les candidats déclarés à Nice ?
- Christian Estrosi (Les Républicains-Horizons)
- Éric Ciotti (UDR-Rassemblement national)
- Juliette Chesnel-Le Roux (Socialistes, communistes, Verts)
- Mireille Damiano (La France Insoumise, Viva)
- Nathalie Dloussky (EGF, souverainiste)
- Céline Forjonnel (Démocratie directe)
- Hélène Granouillac (Écologiste indépendante)
- Cédric Vella (Reconquête, extrême droite)
- Estelle Jaquet (Lutte ouvrière)
- Jean-Claude Wahid Spach (Divers-Gens / initiative citoyenne)










Il a quoi dans ce qu’il dit, que ce n’est pas dans Voici ? A Vanity Fair ?