Au sein du village médiéval de Roquebrune-Cap-Martin, l’église Sainte-Marguerite concentre plusieurs siècles d’histoire. Reconstruite au XVIIIe siècle sur les bases d’un édifice plus ancien, elle a été classée monument historique en 2023. Son décor baroque et une rare mise en scène du Jugement dernier en font l’un des édifices religieux les plus singuliers de la Riviera.
Sa façade ocre et son clocher dominent les ruelles étroites du vieux village. À l’intérieur, Sainte-Marguerite frappe d’abord par ses couleurs, ses autels, ses dorures et cette impression de densité propre aux églises baroques ligures.

Christine Didier, historienne et archéologue au service du patrimoine de la ville, rappelle dans Menton-Presse que le territoire de Roquebrune dépendait autrefois des moines des îles de Lérins.
Le premier état de l’église remonte aux années 1550. À cette époque, la paroissiale ne se trouvait pas encore à son emplacement actuel. L’édifice primitif, situé plus bas, à l’extérieur des remparts, finit par ne plus répondre aux besoins d’un bourg fortifié en expansion.
L’image que l’on voit aujourd’hui est le résultat d’une longue transformation. Les archives retrouvées permettent de suivre un vaste chantier engagé entre 1703 et 1735. Le bâtiment religieux est alors agrandi, rallongé, réorienté et embelli. Le pavement vient clore l’ensemble en 1776. « La première était beaucoup plus petite, avec une seule nef » précise Christine Didier.
Une église baroque qui conte l’histoire du village
Sainte-Marguerite ne se comprend pas sans l’histoire de Roquebrune. Christine Didier évoque une succession de pouvoirs, des comtes de Vintimille à la République de Gênes, puis aux Grimaldi.
Tous ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à structurer le territoire, ses chapelles et sa vie religieuse.« C’est un peu comme le château. Elle raconte des moments importants du coin. »


Son classement au titre des monuments historiques, obtenu en 2023 à l’initiative de la commune, tient précisément à cette place centrale dans l’histoire roquebrunoise. Avant cela, seuls quelques objets liturgiques étaient protégés. Parmi eux, les chasubles du chanoine Grana, bienfaiteur de la paroisse, ou encore des reliquaires conservés dans l’édifice.
Sainte-Marguerite joue aussi un rôle majeur dans l’une des traditions les plus ancrées du village, la procession du 5 août, puis celle du Vendredi saint. Les fameuses « limaces », ces coquilles d’escargots remplies d’huile et allumées dans les ruelles, en sont l’image la plus connue. La tradition locale rattache cette procession à une neuvaine faite à Notre-Dame-des-Neiges en 1467 pour écarter la peste.
Une copie du Jugement dernier unique en France !
Mais l’élément le plus singulier se trouve pourtant à l’intérieur (la photo principale de cet article, ci-haut), derrière un dispositif longtemps pensé pour surprendre les fidèles. Il s’agit d’une reproduction du Jugement dernier de Michel-Ange, réalisée à la fin du XIXe siècle à partir du mur du fond de la chapelle Sixtine.
Cette copie a été installée à l’initiative du chanoine Grana, alors à la tête de la communauté paroissiale. Secrétaire d’un cardinal, il obtient le privilège de faire réaliser cette réduction. Mais l’intérêt ne tient pas seulement au tableau lui-même. Celui-ci était dissimulé derrière un système mobile qui permettait de le révéler progressivement aux visiteurs.
« C’est ce qu’on appelle une machina barroca » explique Christine Didier. En échange, les fidèles déposaient une obole dans un meuble encore visible au pied du tableau. Le produit servait à financer l’entretien de l’église et des œuvres charitables.


Le procédé, courant dans certaines grandes églises italiennes, est presque inconnu en France. Les recherches menées récemment dans les archives diocésaines ont permis d’en retrouver la trace précise, ainsi qu’une lettre du chanoine Grana détaillant lui-même son fonctionnement.
Autour de cette pièce exceptionnelle, l’église conserve aussi plusieurs éléments remarquables, dont l’autel de Notre-Dame-des-Neiges, la chapelle dédiée à sainte Marguerite et un décor intérieur qui superpose plusieurs états de transformation.



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