Certes, Nice rayonne comme jamais grâce à ses évènements internationaux. Mais les enseignes de proximité n’en profitent pas toujours, notamment à cause de pépins de circulation et de stationnement. Dans Nice-Presse, Jean-Marie Debaisieux, le président de l’influente Fédération des 1500 commerces locaux, réclame aux autorités bien plus d’écoute, et livre ses propositions.
Nice-Presse : les chiffres du tourisme sont au plus haut cet hiver, notamment grâce au Carnaval. Les gérants de commerces locaux ont le sourire ?
Jean-Marie Debaisieux : Nice est une ville magnifique, avec une attractivité touristique exceptionnelle. Cette dynamique est un véritable moteur économique, mais elle ne profite pas à tous de la même manière.
Certains commerces vivent en grande partie grâce aux voyageurs, notamment dans les zones les plus fréquentées — la Promenade des Anglais, le Port… D’autres, plus axés sur les locaux, ressentent moins directement cet afflux.
Prenons l’exemple du Carnaval : c’est une vitrine exceptionnelle, qui draine du monde et booste l’hôtellerie, la restauration et les vendeurs de souvenirs. Est-ce que cela concerne autant aux commerçants de Nice-Nord, de Nice-Ouest ou encore de Saint-Roch ? Pas tellement. Ce dont nous avons besoin, c’est de bien plus de visibilité.
Il y a toujours un équilibre à trouver pour ce qui est des restrictions. Quand la Prom est fermée un samedi, cela nous impacte forcément. Un client qui doit acheter une cuisine, s’il voit que l’accès au centre est compliqué, il ira à Cap 3000, ou ailleurs. Cela dit, si on le séduit grâce à ces rendez-vous et qu’il revient une autre fois, c’est tout bénéf.
Êtes-vous entendus sur ces points-là ?
La Fédération est une force de propositions, et un moteur pour dynamiser l’activité locale. Nous sommes un relais d’information entre la municipalité, les chambres consulaires et les gérants. Malheureusement, force est de constater que nous ne sommes pas toujours consultés en amont de décisions majeures.
Nous rappelons aussi que les enseignes indépendantes ne sont pas juste des lieux d’achat, mais des espaces de vie sociale. Le professionnel est souvent le premier à voir si quelqu’un ne va pas bien, à pouvoir alerter en cas de problème. C’est un rôle essentiel.
La Fédération se préoccupe de la vacance commerciale. Elle est en forte baisse à Nice, non ?
On nous dit qu’elle l’est (le maire, Christian Estrosi, dans nos colonnes le 1er mars, NDLR), ce n’est pas ce que nous constatons. Dans certains quartiers, elle est même en hausse ! Ce qui est frappant, c’est que des boutiques restent fermées tout en étant louées, parfois à des prix très élevés, et sans réelle activité à l’intérieur. Certains sont en travaux depuis des mois avec un seul ouvrier de temps en temps… On peut se demander comment cela tient financièrement.
Ce n’est pas anodin ! À Nicetoile, par exemple, une boutique fermée est immédiatement dissimulée, pour ne pas nuire à l’attractivité de la galerie. Pourquoi ne pas faire la même chose dans nos rues ? Une vitrine laissée à l’abandon, un vieux logo décrépi, un rideau baissé en permanence… tout cela nuit à l’image d’un quartier. Il faut que les propriétaires soient tenus de cacher cela, pour gommer cette impression de déclin, néfaste pour tout le monde.
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Que proposez-vous ?
L’État a mis en place une taxe sur les logements vides : pourquoi ne pas appliquer le même principe aux commerces ? Il faudrait aussi un contrôle plus strict sur les travaux annoncés, leur durée et leur finalité.
La Ville a eu une excellente initiative avec la « Maison du Commerce et de l’Artisanat », qui regroupe les services. Mais il faudrait donc aller plus loin.
D’après un récent sondage, les Niçois s’inquiètent pour leurs enseignes de proximité. Ils ont raison ?
Ce qui fait la richesse d’une ville, c’est sa mixité. Dans une rue, il faut un boulanger, un boucher, un poissonnier, un pressing, un magasin de meubles, une banque, une pharmacie… Aujourd’hui, nous assistons à une désertification de certaines activités essentielles.
Prenons l’exemple des concessions automobiles. Elles ont quitté le centre pour s’installer en périphérie. Nice est pourtant la cinquième ville de France ! Avant, un client laissait sa voiture au garage et profitait du coin : il allait boire un café, flâner devant une vitrine de meubles, découvrir une annonce immobilière… C’était un cercle vertueux.
Aujourd’hui, on pousse les consommateurs à faire leurs achats en circuit fermé. Au IKEA de Saint-Isidore, les clients arrivent en voiture, se garent au sous-sol, montent directement, puis repartent sans jamais sortir du magasin. C’est exactement ce que dénoncent les pros de l’avenue Jules Bianchi et des nouveaux aménagements de Saint-Isidore.
Il faut impérativement repenser la place du commerce urbain et encourager les synergies entre les différentes enseignes, pour préserver le dynamisme économique.
Quels sont les autres sujets dont les associations parlent beaucoup ?
Le stationnement, cela revient en permanence. Attention, chaque quartier a sa propre problématique. Le manque de places à Masséna n’est pas le même qu’à Libération, Gambetta ou Gorbella. Si vous cherchez à vous garer place Masséna, vous avez huit parkings à proximité. Boulevard Gambetta, quelle est l’offre ? Le Q-Park de Libération, à 800 mètres. C’est loin d’être suffisant pour répondre aux besoins des commerçants et de leurs clients.
Les transports en commun, bien qu’efficaces sur certains axes, ne sont pas aussi performants partout. J’ai l’impression qu’on oppose systématiquement vélos et voitures, piétons et automobilistes, écologie et économie. Trop souvent, le commerçant est le dernier écouté.
LE POINT SUR L’ACTIVITÉ
«La proximité traverse une période compliquée. Globalement, le pouvoir d’achat des Niçois est en berne et cela se ressent directement dans nos boutiques. Certains secteurs souffrent particulièrement. Les buralistes, par exemple, subissent aussi la contrebande de tabac. Les réseaux illégaux sont bien implantés et récupèrent une part non négligeable du marché. Par ailleurs, de nombreux Niçois, cherchant à économiser, prennent leur voiture le samedi pour l’Italie. Le commerce vit grâce aux touristes, mais aussi grâce aux habitants eux-mêmes. La priorité est de redonner envie d’acheter local, de fréquenter les boutiques d’ici ».



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