Ministre UMP sous Nicolas Sarkozy, maire et député Les Républicains, puis eurodéputé RN depuis 2019, Thierry Mariani est candidat aux élections régio­nales sous la bannière lepéniste. Les sondages le placent dans une position favorable, alors que son principal rival, le président LR sortant Renaud Muselier, a annoncé une alliance contro­versée avec La République en Marche dimanche 2 mai. 

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Questions d'actu

NICE-​PRESSE. C'est aujourd'hui l'anniversaire de Renaud Muselier, allez-​vous lui souhaiter, alors qu'il vous a fait un beau cadeau dimanche dernier ?

Thierry Mariani : "Je lui ai envoyé une surprise, il la recevra dans la journée donc je ne vous en dit pas plus. Pour ce qui est de dimanche dernier, effec­ti­vement, c'est un peu un remake LR de Game of Thrones leur histoire ! Tous les jours, ils en perdent un, Falco qui s'en va, Estrosi qui pourrait le faire…

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À g. Renaud Muselier, président du conseil régional depuis 2017. À d., Hubert Falco, démis­sion­naire des Républicains le 5 mai. Photo DR

Je ne sais pas si c'est un cadeau mais en tout cas l'alliance LR-​LREM est une clari­fi­cation qui arrive plus vite que prévu et qui valide ce que nous disions depuis le début : Renaud Muselier est le candidat des macronistes. 

La plaisan­terie a assez duré, il faut maintenant que leur position soit claire. La droite lui accorde son inves­titure, la retire, la rend, des ministres sont annoncés sur la liste avant que ne soit dit l'inverse… Les Républicains tentent de nous mener en bateau.

À droite, qu'est-ce qui empêche encore les élus, et plus largement certains électeurs, de prendre le même chemin que vous et de rejoindre le Rassemblement national ?

"Pour les élus, ça reste difficile. Un maire LR qui nous rejoin­drait pourrait voir sa commune mise de côté par secta­risme dans son inter­com­mu­nalité. Les élus ont peur de finir tricards s'ils sortent du bois, ce qui ne les empêchent pas de nous soutenir en secret à l'occasion de diffé­rentes échéances.

Aux électeurs qui ont des convic­tions de droite, je leur dit que voter pour Renaud Muselier, c'est accorder son bulletin au gouver­nement et à Emmanuel Macron

Thierry Mariani

Ce parti est prêt à toutes les compro­mis­sions pour se maintenir au pouvoir. Je me suis engagé à droite avec les mêmes idées que des Pasqua, des Séguin… Ce courant de pensée, cette vraie droite coura­geuse qui ne cède rien est aujourd'hui incarnée par le rassem­blement initié par Marine Le Pen. Le RN d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le FN d'il y a dix ans, et heureusement !

La diabo­li­sation ne fonctionne plus. J'ai entendu d'autres candidats nous traiter d' "ennemis de la République", le patron des LR m'a comparé à un chien… Tout cela est grotesque, ils perdent leur sang froid, ce qui n'est pas mon cas. (Il sourit) « Pourquoi voulez-​vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? » disait le général de Gaulle. Je suis un peu plus jeune mais je pourrais vous dire exactement la même chose !

"Avec les Républicains, on a promis le Karcher, mais on n’a pas branché le tuyau…"

Thierry Mariani à propos de la sécurité

On ne voit pas bien ce que certains élus, comme Éric Ciotti, Nadine Morano ou Valérie Boyer, parfois Lionnel Luca, ont de bien différent des positions du RN, leur tendez-​vous la main ?

"Les accords d'appareils ne servent à rien, il faut plutôt fédérer, réunir les énergies. Ce qui est important, c'est le courage et les convic­tions. En 2022, Marine Le Pen réunira un gouver­nement d'union nationale dans lequel ces élus pourraient sans doute avoir toute leur place. 

Nous parta­geons des propo­si­tions, des valeurs communes. Mais contrai­rement à la droite au pouvoir, les mesures de fermeté que nous promettons seront appli­quées. Avec les Républicains, on a promis le Karcher, mais on n’a pas branché le tuyau…"

Vous présentez aujourd'hui à Nice votre tête de liste dans les Alpes-​Maritimes, une ancienne LR pour affronter, notamment, Christian Estrosi. Quel message faut-​il y voir ?

"C'est un signe d'ouverture, et de compé­tence. Alexandra Masson-​Bettati vient des Républicains effec­ti­vement, mais elle a surtout exercé un certain nombre de respon­sa­bi­lités impor­tantes avec beaucoup de rigueur. Elle, mais aussi les élus de la Droite populaire, font partie de ce large rassem­blement que nous portons."

Que feriez-​vous immédia­tement après votre entrée en fonction si vous gagnez dans deux mois ?

"J'agirai immédia­tement, avec fermeté, pour la sécurité. Symboliquement, on a vu que la majorité sortante a présenté un plan sur le sujet lors des dernières séances avant la fin du mandat, cela montre bien que le travail n'a pas été fait. 

Le message que nous allons adresser sera radica­lement différent. Ils ont embauché 77 colla­bo­ra­teurs dans leur cabinet, et seulement 75 agents pour la sécurité dans les trans­ports. Assez de marketing : nous baisserons le budget de commu­ni­cation de 25%."

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© Nice-​Presse

Sécurité

Vous préco­nisez un renfor­cement des polices munici­pales dans les communes du Sud-​Est, comment la Région pourrait-​elle les soutenir ?

"Il faut plus d'agents, développer la vidéo­sur­veillance, acheter de nouveaux véhicules d'intervention… Nous propo­serons un "Plan Bouclier". Le premier échelon pour renforcer la sécurité, c'est celui des communes. Pour chaque euro qu'elles dépen­seront pour renforcer leurs polices munici­pales, la Région parti­cipera à hauteur d'une somme équiva­lente. Avec des plafonds, évidemment".

Vous comptez également renforcer la sécurité dans les trans­ports en Paca, comment ?

"Nous allons créer une véritable police des trans­ports. Si nous avions propor­tion­nel­lement autant d'agents dans notre région qu'en l'Île-de-France, nous en aurions 500. Aujourd'hui, on n'en compte qu'une centaine. Nous allons réunir une commission spéciale qui sera chargée de la mise en appli­cation du "Plan Bouclier" elle veillera notamment à ce que soient recrutées les 400 personnes qui nous manquent, au cours du mandat, à raison d'environ 70 embauches chaque année.

Cette propo­sition coûterait 3.3 millions à la Région, soit moins que la commu­ni­cation de Renaud Muselier. Et le parte­nariat avec la SNCF réduit les coûts."

Et dans les lycées ?

"La Région a envoyé des média­teurs qui sont devenus, trop souvent, des 'grands frères' choisis par certaines associa­tions. Nous, nous recru­terons de vrais agents de sécurité, qui ne serons pas envoyés partout. Il y aura trois lycées référents dans chaque département."

Économie

Vous n'avez pas l'air de juger convaincant le bilan écono­mique de l'exécutif sortant, que feriez-​vous différemment ?

"La part du dévelop­pement écono­mique dans le budget régional est de 40 millions d'euros soit à peine 1% du budget. Ça n'a stric­tement rien d'exceptionnel"

Thierry Mariani

"Nous agirons bien davantage, en parti­culier, évidemment, pour le secteur de l'hôtellerie et de la restauration.

Sitôt arrivés, nous ferons un état des lieux complet des budgets, de la gestion… Les électeurs doivent tout savoir de l'utilisation des deniers publics. Nous voulons savoir si de mauvaises surprises nous attendent. 

Une fois que tout sera tiré au clair, nous pourrons mettre en appli­cation tout le programme. 

"Nous rendrons compte de tout : nous organi­serons une sorte 'd'État de l'Union' régional pour faire un point chaque année sur l'application de toutes nos promesses de campagne, tous les objectifs fixés".

Thierry Mariani

Vous comptez créer un "CRT Montagnes", nous avait expliqué Philippe Vardon

"Les Alpes ne sont pas assez soutenues. Nous créerons un Comité régional du tourisme dédié, nos montagnes sont capitales pour la Provence-Alpes-Côte-d'Azur, elles sont pourtant mises de côté."

Chorégies d’Orange
Illustration. Photo : Région

Culture

À quoi faut-​il s'attendre quant au budget de la culture ?

"Il sera sanctuarisé. C'est un monde que je connais, pour avoir dirigé les Chorégies d'Orange, avoir travaillé sur le sujet en tant qu'élu…"

Vous soulignez que le patri­moine régional serait l'une de vos priorités, comment comptez-​vous le défendre ?

"Je suis très attaché au spectacle vivant et à notre patri­moine d'une manière plus générale. Nous allons trouver un moyen d'intégrer les communes aux contrats terri­to­riaux (CRET), afin qu'elles reçoivent un soutien plus important pour sauve­garder notre patrimoine".

Propos recueillis par Clément Avarguès le 5 mai 2021

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