Une gigantesque fresque est en train de transfigurer un pan entier de l’aéroport Nice Côte d’Azur. César Malfi, le fameux artiste de street art, revient pour Nice-Presse sur la genèse de ce projet hors norme, son inspiration et une année 2025 qu’il juge exceptionnelle.
Comment est né ce projet avec l’aéroport de Nice ?
J’avais réalisé un live painting dans le Terminal 2, alors que l’extension était encore en chantier. C’était une performance participative, des voyageurs venaient peindre avec moi. Cette œuvre est aujourd’hui exposée à l’entrée du salon Infinity. À partir de là, avec la direction de l’aéroport, on s’est dit qu’il y avait un potentiel énorme, pour aller beaucoup plus loin. Une visite a suivi et on a identifié ce hangar, qui avait une vraie symbolique. Il abritait autrefois le jet du prince Albert II…
Qu’est-ce qui vous a inspiré pour cette œuvre ?
Un constat simple, un aéroport est un lieu parfois anxiogène. Avec le président Franck Goldnadel, on s’est posé une question essentielle : comment une œuvre pourrait-elle apaiser cet état d’esprit ? J’ai replongé dans mes références artistiques et je suis tombé sur Le Ravissement de Psyché de William-Adolphe Bouguereau, exposé au musée d’Orsay. On y évoque l’abandon, la confiance, l’envol. Psyché se laisse porter, rassurée, dans les bras de l’amour. J’y ai vu une métaphore évidente du voyage… Accompagner le passager dans son envol, l’aider à lâcher prise, à se sentir en sécurité.

Le bleu domine largement la fresque. Pourquoi ce choix ?
Le bleu est la couleur de la confiance, du calme, du bien-être. J’ai aussi travaillé un dégradé atmosphérique, du plus clair en bas au plus foncé en haut, comme l’est le ciel quand on le regarde au loin. Et puis, évidemment, c’est un clin d’œil au bleu azuréen, à l’identité de la Côte d’Azur. L’idée était de mêler territoire, émotion et expérience sensorielle.
On aperçoit aussi des silhouettes plus naïves sur le côté de la fresque…
Oui, ce sont des figures universelles, sans identité précise. Chacun peut s’y projeter. J’ai aussi travaillé une référence à Matisse, avec des danseuses transformées en colombes. Toujours cette idée d’envol, de liberté, de paix.
L’œuvre est visible de très loin. Était-ce un objectif assumé ?
Complètement. Je reçois déjà des photos de personnes qui habitent sur les collines, de l’autre côté de l’aéroport ! Elle est visible depuis le Kiss & Fly, depuis l’entrée du T2, mais surtout depuis toute la déambulation intérieure du terminal, sur deux étages. Les salles d’embarquement, les cafés, les files d’attente… tout est vitré. L’œuvre se reflète à l’intérieur du bâtiment. Les premiers spectateurs restent bien sûr les voyageurs, mais les Niçois se l’approprient aussi.
L’artiste César Malfi est l’invité de Nice-Presse Dimanche !#Nice06
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Où en êtes-vous aujourd’hui ?
On est à environ 85 % de réalisation. On a déjà travaillé trois semaines, avec plusieurs jours de pluie qui ont compliqué le planning. Malgré ça, on avance bien. L’exigence principale, c’est de rester fidèle à l’œuvre de Bouguereau, et de l’honorer. Début janvier, il y aura une première inauguration avec les collaborateurs de l’aéroport, puis une plus large, dans les mois suivants.

Vous parliez autrefois d’un « grand rêve », sur la Promenade des Anglais. Est-ce votre prochain défi ?
Je crois qu’il faut toujours rêver très grand. Même si on fait un peu moins que le rêve initial, cela permet d’atteindre des projets comme celui-ci. Ce chantier est physiquement et mentalement extrêmement exigeant. C’est probablement l’un des projets qui m’a demandé le plus de résilience. Mais c’est aussi un bonheur immense.
Un autre projet arrive très vite, commandé par Vinci…
Oui, en février, à Saint-Laurent-du-Var. Ce sera une fresque sur deux façades d’immeubles dos à dos, avec deux demi-portraits. Pour voir l’œuvre complète, il faudra faire le tour du bâtiment. C’est un concept que j’aime beaucoup !
Votre exposition au musée d’Archéologie de Nice avait marqué les esprits. Avec quel bilan ?
On a enregistré une hausse d’environ 45 % de fréquentation. C’est énorme. C’était très fort pour moi, parce que c’est un lieu où je jouais enfant… En parallèle, il y avait aussi l’exposition installée au centre commercial Nicetoile, qui avait très bien fonctionné. Le transformer temporairement en espace muséal, ça a vraiment parlé aux gens.
« Deux expériences de gigantisme »

Avec le recul, quel regard portez-vous sur la fresque géante que vous avez réalisée à Fréjus ?
C’est un projet que j’ai adoré. Il m’a permis de comprendre jusqu’où je pouvais aller. Techniquement, c’est très différent de Nice. Ici, la tôle est ondulée, le support est plus complexe. Ce sont deux expériences de gigantisme, mais avec des contraintes totalement différentes.
Quel bilan faites-vous de cette année qui s’achève ?
Honnêtement, c’est la meilleure année de ma carrière ! Fresques monumentales, expositions à Paris, à Fontainebleau, projets à la Défense, en Corse pour les 300 ans de Pascal Paoli, collaboration avec G-Shock, travail au Centre Antoine Lacassagne… Humainement, ce dernier projet a été bouleversant. C’est là que je mesure le poids que peut avoir une œuvre.
Peut-on dire que le street art est enfin pleinement accepté par les Niçois ?
Oui, clairement ! C’est un art fait pour la rue, donc pour eux. Des projets comme celui de l’aéroport montrent que l’art urbain a trouvé sa place. Mais c’est aussi notre responsabilité, en tant qu’artistes, de l’amener de la bonne manière. Et de le partager.
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