❝ L'invitée -- Il y a un an, la Métropole Nice Côte d'Azur lançait son conseil anti-​catastrophes avec un nom à rallonge, l'Agence de sécurité sanitaire, environ­ne­mentale et de gestion des risques (ASSER). Plusieurs mois de crise sanitaire plus tard, bilan et perspec­tives avec sa direc­trice, Véronique Borré.

NICE-​PRESSE - Avec le recul, plus d'un an après le début de la crise sanitaire, aurions-​nous agi diffé­remment si Nice avait eu cette Agence de sécurité bien plus tôt ?

Véronique Borré : "Honnêtement, je ne le pense pas totalement. Là où nous aurions pu anticiper davantage, c'est sur la question des stocks. Nous aurions été bien plus rapides pour les masques ou le gel, par exemple. On a pu les avoir, et nous étions les premiers, en avril. Avec cet outil, peut-​être aurions-​nous été encore plus efficaces en amont.

Nous avons géré la crise avec cet outil, dès le premier confi­nement. La métho­do­logie qui est de mobiliser en trans­ver­salité l'ensemble des 15.000 agents de la collec­tivité était déjà bien présente. Christian Estrosi voulait créer l'Agence avant-​même que nous parlions du Covid, pour avoir une gestion plus dynamique des crises.

Comment fonctionne-​t-​elle ?

"Il y a tout d'abord un volet prospectif, qui analyse l'ensemble des risques inhérents à notre terri­toire. Des techni­ciens, des ingénieurs, des experts travaillent sur ces dossiers et nous proposent un ensemble de solutions pour les anticiper, ou pour mieux les prendre en charge s'ils se concré­tisent pour éviter que nous ayons, par exemple, des victimes ou des dégâts matériels.

À côté, nous avons un volet opéra­tionnel, dirigé par Romain Gitenet. Il a fait toute sa carrière chez Médecins sans frontières, il a connu des terrains de guerre, géré des situa­tions de crise très, très fortes. Dans notre Agence, son rôle et d'apporter une réponse à la situation une fois qu'elle se présente. 

Entre ces deux volets, nous avons une bulle dans laquelle nous préparons les diffé­rents plans d'action détaillés, adaptés à chaque éventuel problème."

Certains ont pu railler un "machin de plus". En réalité, l'ASSER n'a pas embauché grand-monde…

"Aujourd'hui, je dois avoir six agents affectés à l'Agence.

Le principe, c'est d'aller chercher les ressources partout où nous en avons besoin en fonction de la problé­ma­tique que nous avons à gérer. La hiérarchie est organisée tout à fait diffé­remment pour pouvoir mobiliser tous les agents.

Nous l'avons par exemple mis en place dès mars 2020 avec les plate­formes logis­tiques, les centres de dépis­tages, les espaces de consul­ta­tions parce que le CHU n'avait plus les capacités pour le faire, la livraison des repas,…

Nous avons beaucoup travaillé avec des volon­taires. Ensuite, grâce à un accord avec les syndicats, nous avons pu mettre à dispo­sition de l'ASSER 150 agents par semaine, qui tournaient. C'est ce système qui nous a permis de rapidement monter en puissance pour la vacci­nation, comme pour la tempête Alex."

On a vu que l'organisation de la campagne vaccinale dans la Métropole Nice Côte d'Azur a fait figure d'exemple en France : qu'avons-nous mieux fait que les autres ?

"Christian Estrosi a senti très vite que nous devions gagner du temps, qu'il fallait anticiper. Pendant que les labora­toires travaillaient encore à l'élaboration des vaccins, nous nous sommes mis en situation. 

Nous avons commencé à recenser toutes les personnes qui souhai­taient se faire vacciner, et nous avons développé une plate­forme de pré-​inscription à l'échelle de la Métropole dès le mois de décembre. Ainsi, nous savions, avant même de nous lancer dans la campagne vaccinale, combien de personnes nous allions avoir et avec quelles données médicales. Malgré l'approvisionnement de vaccins au compte-​gouttes, nous n'avons jamais annulé de rendez-​vous, ni perdu de doses.

"On a beaucoup parlé, ensuite, d'applications très intéres­santes comme Vite ma dose. Mais ça, la Métropole l'avait déjà fait ici, grâce à nos agents."

Véronique Borré, direc­trice de l'ASSER

Qu'avez-vous mis en place à côté de la vaccination ?

"Nous avons rapidement repéré la techno­logie qui permet de scruter les eaux usées pour avoir une vision claire de la situation, dès le mois d'avril 2020. 

Cette analyse virolo­gique va d'ailleurs se poursuivre, pour pouvoir anticiper d'autres crises sanitaires."

Comment a-​t-​elle agi pendant la tempête Alex ?

"L'Agence a réussi à tout coordonner en un temps record. Cela nous a permis, très rapidement, de faire monter des camions avec de l'eau, de la nourriture, des médica­ments -- et cela tous les jours. 

Nous avons immédia­tement rapatrié des dizaines de personnes, ça a duré une semaine. Elles étaient accueillies à l'aéroport : il a fallu mettre en place en quelques heures des struc­tures d'accueil, un soutien psycho­lo­gique,… C'était la réponse immédiate à la crise. Ensuite, il fallait avancer sur les solutions d'hébergement, pour ceux dont la maison avait été emportée."

Dans une interview publiée chez nous, Richard Chemla, adjoint au maire chargé de la Santé, affirme qu'«il y a une vallée qui est juste à côté de nous et qui n’appartient pas à la Métropole : sans notre Agence, les habitants sont pénalisés. On a vu les retards pris par rapport à nous tant sur les intem­péries que sur la crise sanitaire. »

"Ce qui a joué, c'est surtout la solidarité qui cimente notre Métropole. Dès le 3 octobre, nous rouvrions des routes. C'est la force de cette organi­sation qui a convaincu le président de la République de ne pas mettre 180 millions d'euros, mais les 580 dont nous avons besoin pour nous recons­truire. C'est la volonté d'un homme, Christian Estrosi, qui se bat pour son territoire."

Sur quels autres dossiers l'Agence travaille-t-elle ?

"La crise sanitaire actuelle nous prend évidemment beaucoup de temps. Mais nous avançons sur le sujet de la dengue et du moustique tigre, mais aussi sur les punaises de lit et sur les suites de la tempête Alex."

Et sur la sécurité ?

Elle travaille plus sur la sûreté, que sur la sécurité, c'est-à-dire davantage sur des risques terro­ristes, la cyber-​criminalité, les menaces d'attaques chimiques…

On parle beaucoup du variant Delta, comment planche-​t-​on sur la question ? On a l'air de tâtonner un peu…

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"On tâtonne quand chacun donne son avis. Nous, on s'adapte. Notre couverture vaccinale est très élevée en Métropole, mais il subsiste des personnes de 70 ans avec des comor­bi­dités qui sont éloignées de tout cela. Christian Estrosi a donc annoncé de nouvelles mesures pour toucher ces personnes-là. 

Nous allons également travailler avec ceux qui sont vecteurs de trans­mis­sions, qui sont en contact avec le maximum de personnes, comme par exemple les chauf­feurs de taxi. Il ne faut pas oublier qu'avec le variant Delta, un individu peut en conta­miner de 6 à 8 autres, contre 3 pour le variant anglais qui nous a posé des diffi­cultés ici." 

Les citoyens vont-​ils pouvoir parti­ciper à l'Agence ?

"C'est primordial pour nous de dialoguer avec la population, puisque la résilience ne peut se faire qu'avec elle. Nous devons aller plus loin dans l'information, et dans la contri­bution qu'elle peut apporter. C'est l'un de nos prochains challenges.

À la rentrée, nous organi­serons à la Colline du château un évènement très ludique, à desti­nation notamment des enfants, sur la culture du risque, avec des ateliers pédagogiques."

Et l'opposition ?

"Un conseil d'élus siège au sein de l'agence, animé par Richard Chemla. Il ne s'est pas encore réuni, mais ce sera le cas bientôt, dans les mois à venir."

-- Propos recueillis par Clément Avarguès le 7 juillet 2021

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