Municipales 2026 - L’élu écologiste s’est imposé comme l’une des voix les plus offensives de l’opposition niçoise. Procédures judiciaires, éthique, finances locales, campagne électorale… Jean-Christophe Picard se confie à Nice-Presse Dimanche. L’occasion d’annoncer sa place sur la liste de gauche portée par Juliette Chesnel-Le Roux.
Vous évoquez souvent les enjeux d’éthique en politique. À Nice, quels sont selon vous les mauvais comportements les plus répandus chez les élus ? Y a-t-il des pratiques qui s’améliorent ou, au contraire, qui empirent ?
C’est incroyable. En deux ans, nous avons connu douze vagues de perquisitions et trente gardes à vue, sans compter les auditions libres. C’est unique en France. On s’habitue, les médias aussi, mais c’est un signal très inquiétant. Depuis 2020, j’ai saisi vingt-trois fois le procureur de la République. Ce n’est pas normal d’en arriver là. La charte prudentielle mise en place à Nice et à la Métropole ne sert à rien. Le déontologue refuse d’examiner certains comportements peut-être problématiques. J’ai fini par démissionner du comité d’éthique. Nice a besoin d’un vrai dispositif, avec contrôles et sanctions.
Sur vos vingt-trois signalements, combien ont donné lieu à des enquêtes de police ?
Treize. Je ne me réjouis pas de ce chiffre. Un élu a l’obligation de saisir la justice lorsqu’il détecte des faits susceptibles d’être pénalement qualifiés (il s’agit du fameux « article 40 », NDLR). Le scandale, ce n’est pas que je le fasse, c’est que certains élus, ailleurs ou ici, ne le fassent pas.
Certains, y compris dans votre camp, estiment que vous faites « de la politique par la dénonciation », plus qu’en proposant des solutions concrètes pour les gens. Que leur répondez-vous ?
C’est absurde. L’article 40 impose cette vigilance. Ceux qu’il faudrait interroger, ce sont les élus qui, eux, ne saisissent jamais le Parquet. Moi, je fais ma part. Et des propositions, j’en donne : elles sont toutes disponibles sur mon blog. La Ville a d’ailleurs repris l’une d’elles, la bourse d’échange des logements sociaux. Avec mes collègues, nous participons à toutes les enquêtes publiques (par exemple sur la Zone piétonne, NDLR), à toutes les concertations, et nous déposons des contributions détaillées.
Vous avez été très critique envers le rapport du cabinet Klopfer, qui salue la capacité de désendettement de Nice. Pourquoi ?
Parce que c’est un outil électoral. Le rapport est utilisé dans le premier tract de campagne d’Estrosi… alors même qu’on lui fait dire ce qu’il ne dit pas. La vérité est simple : si la capacité de remboursement de la dette est bonne, c’est parce que la pression fiscale a explosé, notamment avec +19,20 % de taxe foncière en 2024. Et Klopfer souligne clairement que le taux d’endettement de Nice est à 80 %, contre 70 % ailleurs, que les dépenses d’investissement sont inférieures à la moyenne des grandes villes On paie plus, on investit moins. La gestion n’est pas vertueuse. Elle est juste fortement taxée.
Quel bilan tirez-vous de vos cinq années d’opposition ?
Je crois avoir utilisé tous les leviers possibles : 233 interventions en conseil, assiduité totale dans les commissions, participation à toutes les enquêtes publiques, contributions écrites… J’ai fait tout ce que peut faire un élu d’opposition. J’espère avoir pesé dans le débat.
Votre groupe a perdu trois élus sur six. Vous regrettez ce manque de stabilité et cette difficulté à vous faire remarquer ?
Les départs existent toujours dans les groupes d’opposition. Certains ont choisi de cheminer seuls (Hélène Granouillac, Sylvie Bonaldi et Jean-Marc Governatori, NDLR). Nous sommes trois à être restés : les trois élus issus du même parti, peut-être plus habitués au travail collectif. Quant au fait de ne pas être « remarqué»… Vu le niveau d’hostilité personnelle du maire à mon égard, je crois que si, nous sommes remarqués. Christian Estrosi a même déposé plainte contre moi pour une enquête dont je ne suis pas à l’origine (sourire).
Quel rôle jouerez-vous lors des prochaines municipales ? Serez-vous sur la liste de Juliette Chesnel-Le Roux (Unis pour Nice) ?
Oui. Les écologistes m’ont désigné comme premier homme de la liste. Je serai donc candidat à ses côtés.
Seriez-vous prêt à une fusion de listes au second tour, incluant La France insoumise ?
Je ne serai pas mal à l’aise si un accord de projet existe. On verra au soir du premier tour.
Si Éric Ciotti venait à être en tête à l’issue du premier tour, seriez-vous favorable à un retrait de votre liste pour « faire barrage », ou un maintien, coûte que coûte ?
En aucun cas. Juliette l’a dit, je le redis : pas de retrait. Pour nous, Christian Estrosi et Éric Ciotti sont des clones. Ils ont gouverné ensemble, ils n’ont aucune conviction stable. Nous ne choisirons pas entre le calife et le vizir !
En 2014, vous étiez candidat avec Olivier Bettati et Marc Concas, deux élus passés depuis dans le camp Estrosi. Pourquoi pas vous ?
Parce que je considère que Christian Estrosi ne gère pas bien la ville. Je le dis depuis cinq ans. Je ne soutiendrai jamais une gestion que je juge néfaste pour les Niçois.
Sur l’écologie, la majorité met en avant, notamment, ses pistes cyclables, la nouvelle promenade du Paillon… Pour vous, ce serait surtout de la communication. Pourquoi ?
Parce que les chiffres ne suivent pas. On nous promettait 160 km de pistes cyclables, Estrosi en revendique soixante-dix, « Nice à Vélo » en compte trente-huit. Et sur la Promenade du Paillon, on a rasé des bâtiments utiles pour un parc. Prétexter que cela ferait baisser la température de cinq degrés, c’est du storytelling. Ce n’est pas écologique de détruire un théâtre avant d’en reconstruire un. Idem pour le palais des congrès.
Quelles seraient vos priorités en la matière, si vous étiez aux commandes ?
De la vraie végétalisation, des arbres, des sols naturels, pas des pots de fleurs et du gazon synthétique. Et surtout arrêter l’extension de l’aéroport (sur le point d’être achevée, NDLR). On ne peut pas promettre un plan climat et agrandir un terminal dans le même temps. Nice ne respecte déjà pas ses objectifs de réduction des émissions.
Vous avez publié votre premier roman (Le grand scandale, éd.Fayard). Envie d’un second ?
Oui, j’écris un deuxième roman, qui se déroulera en Allemagne dans les années 1980. J’avance sans pression. Mes mandats restent ma priorité.
Votre best-of annuel des meilleures punchlines politiques arrive. Pouvez-vous nous confier trois extraits ?
(Sourire) « Si vous saviez à quel point je ne pense même pas aux municipales… » ; « comme le capitaine Watson, je pars à l’abordage ! » de Christian Estrosi. Et : « il a autant de projets pour Nice que de cheveux sur la caboche… » de Gaël Nofri, à propos d’Éric Ciotti.






