Nice : la lutte contre la pauvreté, le combat de la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone

L’élue azuréenne fait partie de la mission d’information du Sénat sur la pauvreté qui sera lancée demain, mardi 26 janvier. L’idée d’un revenu universel pour les plus précaires doit être débattue également à droite, développe-t-elle auprès de «Nice-Presse»

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La sénatrice le reconnaît elle-même, on n’attendait pas forcément la droite sur le sujet de la lutte contre la pauvreté. Pourtant, les élus Républicains sont à l’initiative d’une mission d’information sur la précarisation, qui va commencer ses travaux cette semaine. Nombre de SDF qui augmente depuis des années, misère préoccupante aggravée par la situation sanitaire… il y a du pain sur la planche pour Dominique Estrosi-Sassone et ses collègues.

«Je suis présidente de l’école de la deuxième chance à Nice, j’ai longtemps travaillé au conseil municipal sur les logements… la situation, le terrain, je les connais» souligne-t-elle. «J’ai pris conscience des trous qu’il y a dans la raquette, il y en a depuis longtemps. Et la crise actuelle ne va rien arranger : il va falloir se mobiliser».

Les statistiques, elle les maîtrise sur le bout des doigts. Au niveau national, avec cette «pauvreté qui augmente, qui explose». Et à Nice, quatrième ville la plus pauvre de France, théâtre d’inégalités criantes.

«À droite, nous n’étions pas forcément attendus sur ce sujet, moins que sur la sécurité par exemple. Alors que le social fait partie, évidemment, de nos préoccupations. Cette mission aboutira à des propositions concrètes» Dominique Estrosi-Sassone à «Nice-Presse»

Le «revenu universel»

«On n’évitera pas le débat sur le revenu minimum universel». Cette petite phrase sortie en fin d’interview la semaine dernière chez nos confrères de France Bleu Azur a, depuis, fait beaucoup parler.

«Je reste très prudente, on doit débattre» développe Dominique Estrosi-Sassone. «Mais on a vu un fort clivage sur ce sujet, parce que l’idée a été emmenée dans le débat public en 2016 par Benoît Hamon et la gauche. La droite est depuis restée en retrait… mais aujourd’hui, nous devons y réfléchir, au regard de la crise que nous vivons.»

«La crise économique et sociale va durer après septembre 2021, peut-être jusqu’en 2024. Elle va encore faire beaucoup de victimes, il faut s’y préparer» Dominique Estrosi-Sassone à «Nice-Presse»

«Le marqueur que nous défendons, c’est celui du travail. Mais nous pouvons faire de cette “allocation universelle” une mesure sociale qui n’aurait rien à voir avec de l’assistanat».

«Un socle qui permettra de vivre, voire de survivre, dignement»

À combien pourrait-elle s’élever? «Elle serait fixée au-dessus du seuil de pauvreté et “évidemment” en-dessous du SMIC, parce que le travail devra toujours payer davantage. Le mot revenu devrait être remplacé par un autre, pour ne pas laisser l’idée d’un dû. Ce n’est pas un revenu qui se substituera au travail, mais un socle qui permettra de vivre voire de survivre dignement»

dominique estrosi sassone

«Il va falloir une contrepartie, la collectivité sera dans l’assistance mais ce sera donnant-donnant» poursuit la vice-président du groupe LR au Sénat. «Le bénéficiaire devra s’engager dans des tâches d’intérêt général (avec des missions contre l’isolement, s’engager dans des associations…) ou bien suivre un parcours de formation. L’objectif est le retour à l’emploi».

Détresse des jeunes

Et pour les jeunes? «Les étudiants souffrent de la crise à cause de la disparition de leur job de complément pour certains. Il faut leur trouver des activités plus épanouissantes, moins précaires que McDonald’s, si vous voulez». 

«Pour les jeunes, travailler tard le soir, la nuit, les week-ends, cela impacte leur parcours universitaire et crée de fortes inégalités» Dominique Estrosi-Sassone à «Nice-Presse»

Assistance aux SDF

La conseillère municipale le constate depuis un moment, «dans les rues, c’est une évidence, la pauvreté touche maintenant un public très large».

«Les SDF ne sont pas tous des marginaux : ces situations dramatiques touchent aujourd’hui également beaucoup de femmes, de jeunes, des travailleurs pauvres. Dans notre région particulièrement, les employés du tourisme, de l’évènementiel, ont rejoint la cohorte des personnes en très grande difficulté sociale» note-t-elle.

«Nous laissons encore beaucoup de personnes sur le bord du chemin, il faut savoir être modestes et le reconnaître. On ne peut pas tout régler, mais on y travaille» Dominique Estrosi-Sassone à «Nice-Presse»

Face à cela, en fait-on assez à Nice? On a entendu pendant la campagne les listes de gauche brocarder «une ville de carte postale gangrenée par la pauvreté»… «Nous n’avons pas à rougir de l’action volontariste et déterminée qui a été menée et qui apporte des résultats» défend Dominique Estrosi-Sassone.

CORONAVIRUS : DANS LES ALPES-MARITIMES, LA PAUVRETÉ EN CIRCULATION ACTIVE

«Des centres d’hébergements de jour comme de nuit ont été installés. Avec la crise actuelle, il faudra sans doute ouvrir de nouvelles places, de nouvelles structures. Il faut également développer les résidences sociales, les pensions de familles, qui correspondent à une deuxième étape pour ces personnes dans leur reconstruction, avant de pouvoir arriver à un logement autonome.»

«La municipalité peut compter sur un tissu associatif d’une grande qualité»

Logements sociaux

Dans la longue interview de rentrée que Christian Estrosi a accordé à Nice-Presse, le maire a souligné qu’il compte «poursuivre les efforts entrepris en 2021».

LOGEMENTS SOCIAUX : L’ÉPINEUX CAS NIÇOIS

La sénatrice des Alpes-Maritimes rembobine :  «en 2001, quand je suis arrivée au conseil municipal et que j’ai commencé à travailler sur ces questions, nous partions de rien. J’ai pris mon bâton de pèlerin pour faire avancer les choses, parce qu’il était bien compliqué sur la Côte d’Azur d’éloigner des logements sociaux de certains clichés!»

«La vérité c’est que 70% de la population des Alpes-Maritimes y est éligible, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Cela ne concerne pas que des populations difficiles, mais aussi les jeunes actifs, des familles, les personnes âgées…» Dominique Estrosi-Sassone à «Nice-Presse»

«On a un certain retard à rattraper, l’offre existante n’est pas suffisante. Il faut que toute la chaîne de logement soit développée. L’accession à la propriété est aussi une part de l’ascenseur social, chez nous on voit qu’il est bloqué».

Avant de pointer : «il faut aussi dire que dans des territoires sous tension comme le nôtre (le prix du marché, les lois montagne et littoral…), la loi SRU, si elle a parfois permis d’avancer, est irréaliste et inapplicable ! Raison pour laquelle nous allons travailler à l’assouplir.»

Lutte contre l’habitat indigne

«Je veux être un maire encore plus protecteur» avait promis Christian Estrosi en juin dernier, toujours dans nos colonnes. Dans son viseur : la lutte contre le logement insalubre, deux ans après les effondrements meurtriers de Marseille et alors que la campagne des municipales est marquée dans sa dernière ligne droite par la mise en cause du candidat écolo, accusé d’être un marchand de sommeil par une enquête très étayée parue dans la presse.

CHRISTIAN ESTROSI : “JE VEUX AVOIR LE POUVOIR D’AGIR CONTRE LES MARCHANDS DE SOMMEIL À NICE”

«Je partage ce combat, évidemment» pose Dominique Estrosi-Sassone. «Les pouvoirs du maire ne sont pas toujours suffisants pour lutter : il faut simplifier et accélérer les procédures de signalement, et renforcer les sanctions».


EN PREMIÈRE LIGNE CONTRE LES SQUATS

C’est un «fait-divers» qui a fait la Une de l’actualité chez nous à la fin de l’été dernier. De retour dans leur résidence secondaire de Théoule-sur-Mer, un couple de retraités se retrouvent, chez eux, nez-à-nez avec des squatteurs qui se sont appropriés leur maison, jusqu’à changer les serrures… et considérablement détériorer les lieux. S’ensuivra un long imbroglio administratif avant que l’expulsion puisse être effectuée, meilleur exemple du flou artistique dans lequel les autorités évoluent sur le sujet.

«La propriété est un droit constitutionnel, inviolable et sacré dans notre pays» défend Dominique Estrosi-Sassone, à l’origine d’une proposition de loi au Sénat.

Des sanctions trop légères, une procédure à rallonge… la sénatrice défend un retour à l’essentiel. «Il faut empêcher les saccages : l’expulsion doit être effectuée en maximum vingt-quatre heures, contre quarante-huit aujourd’hui. Ensuite, les sanctions contre les squatteurs doivent être alourdies pour avoir un réel effet dissuasif. Le droit au logement doit aussi leur être temporairement retiré».

Contre les sites Internet qui expliquent «comment squatter de A à Z», l’élue azuréenne propose également des «mesures coercitives». 

«Beaucoup ont joué avec le préjugé selon lequel les propriétaires seraient tous des riches, des nantis. C’est faux, certains ont été victimes de ces méthodes alors qu’ils sont modestes. Et rien n’excuse de bafouer la loi de cette façon».


Propos recueillis par Clément Avarguès le 25/01/2021

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