Longtemps, il a attendu son heure. Une part de ses activités emblématiques ont périclité, mais le quartier a su garder bien des jeunes et des actifs, contrairement à d’autres coins de la ville. Alors que des chantiers se lancent, l’élu de territoire livre son point d’étape. Stationnement, commerces, identité, délinquance… Gaël Nofri revient sur le fameux « Plan Madeleine ».
- Lisez notre dossier spécial, un mois entier à arpenter ce quartier : « La Madeleine, le bastion niçois »
La Madeleine n’a jamais été un « quartier de carte postale ». Et c’est précisément ce qui plaît à Gaël Nofri. « Il a une histoire populaire forte, une vraie jeunesse. On sent encore la tradition, la mémoire de ce qu’il a pu être, tout en voyant des actifs, des familles, des enfants. C’est ça, sa force. »
Elle a toujours été cosmopolite, rappelle-t-il, sans jamais perdre son identité niçoise. Des Italiens du Piémont, une communauté arménienne qui a laissé son empreinte, des vagues d’immigration plus récentes, africaine notamment… « Beaucoup de Niçois, souvent là depuis longtemps, des familles enracinées, surtout sur le haut du boulevard. »
Le coin, populaire et abordable, reste l’un des rares, à ce prix, où l’on peut encore habiter en ville sans quitter complètement le centre. « Vous êtes au milieu de tout. Proche de la mer, des facultés, des grands axes. C’est aussi ce qui explique qu’il attire les jeunes. »
🔴 Les habitants ont été entendus ! L’ancienne gare de la Madeleine ne sera pas démolie, ce que Nice-Presse peut vous dire de son avenir#Nice06 @VilledeNice
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Dans ce décor rugueux, les repères ne manquent pas, entre l’église Sainte-Marie-Madeleine, le jardin Jean-Gabin, le moulin Alziari, la caserne de pompiers, le collège Jean Rostand, la gare des Chemins de fer de Provence ou encore Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus.
« Quand vous listez tout ça, vous vous dites qu’il y a absolument tout pour faire un quartier qui fonctionne. »
Trop longtemps oublié ?
C’est là que se noue la relation particulière de l’élu avec ce morceau de ville longtemps oublié. « La Madeleine, c’est un quartier où l’on voit que la puissance publique, ce n’est pas totalement inutile. Quand on décide de s’investir, d’investir les choses, on peut inverser la tendance. Quand on ne le fait pas, tout part à la dérive. »
Pendant des décennies, le vallon a surtout subi. « On a passé des années à expliquer aux gens de la Madeleine que l’on ne pouvait rien faire pour eux. C’était comme ça, point. » Les conséquences se lisent encore dans l’espace public, avec des espaces parfois dégradés, un manque de respiration, quelques commerces en difficulté et un sentiment diffus d’abandon.
Lorsque Christian Estrosi lui propose de prendre en main le territoire et d’y déployer un « Plan Madeleine », l’adjoint n’hésite pas longtemps. « Je me suis dit : si on ne fait rien ici, ce quartier part vraiment. Mais si on se retrousse les manches, si on se bouge, on peut changer des choses. On ne peut pas tout promettre, on ne peut pas tout transformer, mais on peut enrayer le déclin. »
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Nombreux projets
Depuis, les chantiers s’enchaînent : futur parking étagé de plus de 300 places au 169, création de places supplémentaires vers la Cité arménienne, « zone 30 » autour des écoles et sur le boulevard, premières séquences de végétalisation pour le terre-plein central, rénovations dans les écoles, ouverture programmée d’une « Maison des services publics » à Magnan, création d’un jardin partagé de 1500 m²…
Autant de signaux envoyés aux habitants. « Tout ce qui a été fait a déjà interpellé. En permanence, des gens viennent me voir pour me demander : ‘Et nous, quand est-ce que ce sera notre tour ?’ Cela prouve qu’il y a une attente, mais aussi un espoir. »
La sécurité et la lutte contre les nuisances constituent un autre front. Dans le haut du boulevard, la municipalité a réussi à obtenir l’ouverture d’un GPO, groupe de partenariat opérationnel de la police nationale, pour mieux cibler les interventions.
« Ce n’est pas un quartier malfamé, il ne faut pas raconter de bêtises. Mais il y a des points de fragilité : les dépôts sauvages, certaines épiceries de nuit, des incivilités récurrentes. Quand un commerce pose problème, on l’identifie, on agit. Ça prouve qu’il n’y en a pas des dizaines. »
« On reste sur un quartier populaire, niçois, où les gens travaillent, élèvent leurs enfants. Je ne vois pas de phénomène d’islamisation ou de radicalisme sur la Madeleine. Le sujet, c’est le vivre-ensemble et l’accompagnement de cette transition. »
À quelques pas du centre-ville de Nice, l’immobilier séduit jeunes couples et investisseurs : « un bon compromis entre prix, tramway, vie de quartier » https://t.co/59TZoWTre6 pic.twitter.com/ZUbnG5UVsa
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Transition en marche
Pour Gaël Nofri, le grand défi est autant urbain que symbolique. Aider la Madeleine à se transformer sans perdre son âme. « Beaucoup de riverains vous disent : ‘On ne reconnaît plus notre quartier’. Ils n’ont pas tort : la population a changé, les commerces aussi. Mais la vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on fait pour ne pas le déraciner ? »
Les anciens ateliers, garagistes, petits artisans, qui faisaient la vie du boulevard au début du XXᵉ siècle, ne peuvent plus occuper l’espace comme avant. Les règles ont changé, les enjeux environnementaux aussi.
« Il y a un moment où l’ancien modèle a disparu, et le nouveau n’est pas encore stabilisé. C’est là que la puissance publique doit être présente, pour éviter que ça ne soit ni laissé à l’abandon, ni livré à une gentrification brutale. »
Préemption de certaines cellules pour éviter les activités les plus problématiques, soutien à des projets plus qualis, travail sur l’espace pour rendre la promenade plus agréable, encourager la consommation locale et tirer l’offre vers le haut… « Le boulevard est long, en pente, avec des boyaux, ce n’est pas toujours évident ».
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Un travail de mémoire
Pour que la transition soit comprise et partagée, il mise également sur la mémoire. Dans le cadre du plan, il a fait travailler un écrivain professionnel avec des habitants pour rédiger un ouvrage sur l’histoire locale.
« On va le tirer à 750 exemplaires et le distribuer aux collégiens. On ne peut pas juste dire ‘le monde change, tant pis’. Il faut expliquer d’où l’on vient, pourquoi on conserve certaines choses, pourquoi on en fait évoluer d’autres. »
Au-delà des chantiers en cours, il voit dans ce vallon un maillon essentiel de la cohérence d’ensemble de Nice. Après Gambetta, ce sera son tour de voir « le train du réaménagement » arriver. Demain, ce sera Gambetta Nord. « On ne peut pas dire à la Madeleine qu’elle doit être traitée comme les autres, et en même temps la laisser en marge. Elle a ses spécificités et a droit exactement aux mêmes ambitions. »
Gaël Nofri le rappelle volontiers. Il n’est pas « un enfant du boulevard. » Ses racines sont corses. Mais c’est justement cette distance originelle qui nourrit sa passion pour la Madeleine. « C’est un quartier attachant parce qu’il a une histoire, une jeunesse, un tissu dense. Et parce qu’on y voit très concrètement qu’il n’y a pas de fatalité. Quand on investit, quand on assure la présence des services publics, quand on valorise les espaces, on change le quotidien. »







J’adore ce quartier j’y habites depuis 27 ans je me vois pas habiter dans un autre quartier c’est super de le végétalisée bravo a Mr le maire