Les élus locaux, confrontés à la diffusion du protoxyde d’azote et au risque de drames sur la route, multiplient les arrêtés pour en interdire l’usage dans l’espace public, tout en sollicitant désormais l’intervention de l’Etat face aux limites de ces mesures.
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Ce gaz, surnommé « gaz hilarant » et utilisé à l’origine à des fins industrielles, est de plus en plus détourné pour des usages festifs, malgré les dangers qu’il fait peser sur la santé et le comportement de ses consommateurs.
Parmi les effets secondaires, le protoxyde d’azote peut provoquer une perte de contrôle, comme l’illustre le drame survenu début novembre à Lille, où Mathis, un jeune homme de 19 ans, a été mortellement fauché par un automobiliste ayant inhalé ce gaz et qui cherchait à échapper à la police.
Depuis plusieurs années, les communes tentent pourtant de prévenir ces accidents en encadrant tant bien que mal cette consommation, qu’elles qualifient fréquemment de « un fléau ».
A Orléans, comme auparavant à Cannes, Lyon ou Roubaix, un nouvel arrêté signé mercredi interdit ainsi la consommation de protoxyde d’azote sur l’espace public et restreint sa vente aux seuls professionnels de la restauration et de l’alimentation, alors que 10.000 cartouches et bonbonnes ont déjà été ramassées depuis janvier, près du double de 2024.
Le maire Serge Grouard (DVD) affirme que « Cet arrêté nous aidera à mieux protéger les jeunes » et regrette des « conséquences qui peuvent être dramatiques », tout en reconnaissant son impuissance face à la vente en ligne et en appelant l’Etat à légiférer.
Protoxyde d’azote et gaz hilarant : les maires en première ligne face à un fléau de santé publique et de sécurité routière
A Dijon, la maire socialiste Nathalie Koenders a récemment renouvelé une mesure similaire, estimant qu’elle répond à un « vrai problème de santé publique » qui touche toutes les communes, quelle que soit leur taille.
Elle rappelle ainsi que, « Il n’y a pas de petites villes, grandes villes, moyennes villes », et que « On est tous confrontés » à cette situation, « qu’il faut traiter par la sanction, mais aussi par la prévention ».
Malgré ces initiatives locales, la consommation détournée de protoxyde d’azote reste importante, au point que plusieurs villes réclament désormais une évolution de la loi.
Le maire socialiste Arnaud Deslandes souligne que « Le phénomène relève du fléau, mais pas que dans Lille » et souhaite que la conduite sous l’emprise de ce gaz soit reconnue « comme une circonstance aggravante ».
En s’appuyant sur 431 verbalisations en cinq mois et sur des « consommateurs qui font un shot de protoxyde et prennent la voiture », il estime que « c’est pour ça qu’il faut d’abord que la loi évolue ».
Mme Koenders partage cette analyse, jugeant « C’est important qu’il y ait une législation au niveau national » sur la mise à disposition du produit et allant jusqu’à proposer de « l’interdire tout court ».
Lors d’un déplacement dans le Nord après la mort du jeune Mathis, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a lui aussi reconnu qu’il faudrait « un moment s’interroger sur une modification des règles législatives sur la vente de ce type de produits ».
Dans les faits, et malgré ces interdictions, les usagers réussissent à se fournir « facilement » en protoxyde d’azote, surtout en ligne ou auprès de vendeurs contactés via les réseaux sociaux.
Jules, prénom d’emprunt, 23 ans, explique consommer ce gaz depuis quatre ans, « au moins une fois par mois », sans réelle difficulté pour s’en procurer, malgré « quelques pertes de connaissance » et la sensation que, grâce au protoxyde d’azote, « tu te mets en danger sans avoir peur de rien ».
Face à ce constat, le maire de Nice Christian Estrosi (Horizons) s’interroge publiquement : « Est-il normal que nous n’ayons pas une loi qui permette d’endiguer le fléau avec des sanctions plus fortes et plus claires ?».
Sur le plan législatif, le Sénat a voté en mars la pénalisation de l’usage détourné du protoxyde d’azote, sans aller jusqu’à interdire complètement sa vente aux particuliers, contrairement à une précédente décision des députés, et l’issue de cette loi dépend désormais des discussions entre les deux chambres.
Ce débat intervient alors qu’une autre bataille a abouti en juillet à la promulgation de la loi créant le délit d’homicide routier, après plusieurs années de mobilisation des familles et des associations de victimes.
- Ce qu’il faut retenir : Les élus locaux multiplient les arrêtés pour encadrer la consommation de protoxyde d’azote, qu’ils considèrent comme un fléau pour la santé publique et la sécurité routière. Ils appellent à un renforcement de la loi, estimant que les mesures municipales restent insuffisantes face à une consommation qui se poursuit notamment via internet. Le Parlement débat déjà d’une pénalisation accrue de l’usage détourné de ce gaz, dans un contexte plus large de lutte contre les drames routiers.
Avec AFP






