Alors que la saison 2024-2025 du Théâtre national bat son plein, Nice-Presse fait le point à mi-parcours avec Muriel Mayette-Holtz, sa directrice.
Le bilan de la fréquentation et des salles
Nice-Presse : comment sentez-vous la saison en cours ?
Muriel Mayette-Holtz : On arrive à glaner des nouveaux publics ! C’est très encourageant. Il y a beaucoup plus de jeunes qu’avant… C’est pour nous la « population » la plus difficile à convaincre. Les événements que l’on monte à l’extérieur, notamment les « Procès des Grands Personnages » et « Les Jeudis Littéraires », enrichissent notre public fidèle.
Dans cette période d’inquiétude générale, nous avons une curiosité réelle du public. C’est réjouissant, étonnant. Je pense que l’on a besoin d’émotions fortes, de vrai, d’une dimension émotive, authentique.
Les salles font-elles le plein ?
La fréquentation est bonne. Déjà, l’année dernière, notre bilan était très positif. On était au-dessus de la moyenne nationale des CDN (Centres Dramatiques Nationaux, NDLR). On continue sur cette lancée.
Je sais bien que l’on va traverser une période compliquée sur les finances dans tout le pays. Malheureusement, personne ne parle de culture. C’est assez fascinant qu’aucun parti politique n’évoque jamais cette question, qui est quand même la base de notre humanité. Mais, pour le moment, on a la fidélité réelle du public. Il bouge, il change, il se rajeunit, il se multiplie… Le Théâtre national de Nice a enfin atteint une sorte de sérénité.
La salle provisoire de la Cuisine, aux Moulins, a-t-elle été adoptée ?
Sa fréquentation est très bonne. Elle fonctionne sur la confiance que le public nous accorde, la qualité de la programmation… Cet aménagement permet à tous les habitants de la Plaine du Var de venir plus facilement. Cette salle a des vertus : pouvoir accueillir plus de monde et d’être dans un équilibre plateau/scène/salle qui est assez juste pour un théâtre éphémère.
Cela n’empêche pas que je continuerai à me battre et à travailler jusqu’à ce que l’on ait notre grande salle pérenne, au Palais des Expositions (qui doit devenir selon la mairie un Palais des arts et de la culture, mais on ne sait pas quand ni avec quels moyens, NDLR).
Quelle est l’âme de celle des Franciscains, inaugurée il y a deux ans dans un ancienne église ?
La beauté du lieu fait que l’on peut prendre plus de risques sur des tentatives qui n’appellent pas tout un décor cadré. Des gestes plus audacieux sur la forme. On peut faire des choses plus subtiles… Il y a aussi une proximité du regard. J’ai fait « Clair est la Fontaine » avec rien, des sacs poubelles, de petites balles de couleurs.
Le futur centre des congrès du Port Lympia va-t-il accueillir des dates du TNN ?
Pendant la conférence des Nations unies, nous proposerons Le Vieil Homme et la Mer - l’histoire d’un amour et d’une bataille entre un vieil homme et les poissons, un roman bouleversant, avec un côté sombre - aux Franciscains, mais aussi au cours du Festival de Tragédies. Alors que l’on va se poser des questions sur l’importance de protéger les océans, c’était la plus belle réponse que nous pouvions apporter.
Je ne suis pas fermée à l’idée de faire des choses dans ce futur Pavillon de la Méditerranée, mais pour l’instant, je n’en sais rien : je ne connais pas l’endroit, on ne va pas dans une salle pour y aller. Nous verrons plus tard…
Les immanquables de la saison
Pour la suite de la saison, deux festivals sont attendus…
Ce sera la troisième édition du Festival de magie, du 8 au 12 avril. Il est bien installé dorénavant. Il se terminera par un grand gala avec Olmac, un artiste de la région. La programmation est en cours de finalisation.
En juin, ce sera notre Festival de Tragédies, aux Arènes de Cimiez. On dépend un peu du programme de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan. Je ne peux pas vous donner le menu, car il n’est pas finalisé. Mais nous travaillerons avec le Château de Crémat, la Villa Masséna… Petit à petit, on a envie de se déployer.
L’équipement sera-t-il amélioré ? Vous évoquiez une « version finale » pour cet été.
Concernant la configuration des Arènes, la construction finale ne dépend pas de moi, mais, essentiellement, de l’architecte en chef des bâtiments historiques. En revanche, la configuration générale sera la même. On l’a choisie, on l’a vérifiée, elle ne bougera plus. C’est très important de rester dans l’état brut du lieu, cette beauté sauvage et naturelle.
Qu’est-il prévu à la Cuisine ?
Du 22 au 24 janvier, la coproduction Les Soeurs Hilton, puis L’Oiseau vert en mars. On va également retrouver, en février, Les Fausses Confidences d’Alain Françon. C’est l’un des plus grands metteurs en scène de texte aujourd’hui, dans un classicisme absolu.
Le Rouge et le Noir de Catherine Marnas, fin janvier. Mais aussi L’Enfant brûlé de Noëmie Ksicova. C’est une adaptation du roman de Stig Dagerman. Sans oublier la saga Léon Blum que propose Charles Berling. C’est une journée entière, une immersion, entre des chansons, des textes, un interview et des spectacles.
Quels rendez-vous va-t-on retrouver autour du TNN ?
« Les Soirées Slam » avec Jacky Ido. Ça marche très bien. D’ailleurs, on nous demande d’en faire plus, c’est plutôt bon signe. Je pense que ça correspond à un besoin d’être le personnage principal, de mettre des mots sur des émotions, et que cela soit accessible à tout le monde. Je poursuis également mes rendez-vous Lab’oratoire, des cours d’oralité. Il y a vraiment du monde.
On travaille avec le Festival d’humour Jubil (qui se tiendra du 4 au 9 octobre 2025, NDLR). On a fait passer des auditions. Les personnes sélectionnées suivent des cours autour du stand-up avec nous. De temps en temps, des spécialistes viennent pour compléter l’enseignement. Les meilleurs pourront éventuellement participer à un sketch du festival. On accompagne ce rendez-vous parce que je le trouve très professionnel.
Il n’y a rien de plus difficile que de faire du stand-up ! C’est un peu à la mode en ce moment… Il y a parfois l’idée que, sans trop d’efforts, on puisse, avec quelques blagues, obtenir le Graal. C’est beaucoup plus difficile que ça !





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