❝ Grand entretien /​ régio­nales en Paca — Distancé dans les sondages, pris en otage par la montée du RN, le Rassemblement écolo­gique et social peine à exister dans une campagne dominée par la théma­tique sécuri­taire. Confiant, sa tête de liste, le Varois Jean-​Laurent Félizia, espère renverser la table.

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NICE-​PRESSE. Il y a eu la plainte de Muselier avant-​hier, une histoire autour du domicile de Mariani le lendemain… On ne passe pas à côté du fond, dans cette campagne ?

Jean-​Laurent Félizia : "On ne peut pas mieux dire. Le monde politique est tourné vers le sensa­tionnel et le spectacle, ça me désole. 

Je suis engagé depuis vingt ans, je peux vous dire que c'est très dur pour les militants. Ils sont désabusés, beaucoup quittent la sphère politique. Tout le monde attend de l'immédiateté, sans prendre le temps de réfléchir à des solutions durables. C'est la prime à qui crie le plus fort, à celui qui mettra sa virilité sur la table…"

Vous demandez-​donc plusieurs débats régionaux.

"Il faut opposer les projets entre eux pour montrer les vraies diffé­rences qui existent entre les candi­da­tures. Nous pourrions 'faire agora' dans un lieu public en plein air, avec un médiateur indépendant, tiré au sort."

Vous assurez repré­senter la seule alter­native à un duo Renaud Muselier (LR)/Thierry Mariani (RN) qui ne seraient, eux-​mêmes, pas si diffé­rents l'un de l'autre. En quoi ?

"La droite a trop joué avec le feu, depuis très longtemps. Quand vous commencez à parler de familles nombreuses, 'de bruit et d'odeur' (une phrase polémique de Jacques Chirac sur les étrangers en 1991, NDLR) vous banalisez et standar­disez ce qui crée des tensions et qui s'attaque à notre diversité. Ces popula­tions forment pourtant, aussi, la République. 

Il y a une porosité entre l'extrême-droite et les Républicains. Thierry Mariani qui passe de Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen l'illustre bien. 

Aujourd'hui, il banalise le nettoyage ethnique des Arméniens, il s'affiche avec le boucher de Damas (Bachar el-​Assad, NDLR) qui pulvérise sa population. Mariani est le candidat de la violence. Son verbe, sa dialec­tique, la banalise et crée de l'insécurité.

"Le front républicain, c'est au premier tour. Nous devons réanimer les électeurs"

Jean-​Laurent Félizia

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Certaines choses ont fait prospérer le RN, à cause de Renaud Muselier. Nous sommes très en retard en matière de politique sociale, d'égalité des terri­toires ou encore de transition écologique."

Libération titrait en début de semaine sur le "danger" d'une victoire du RN chez nous. Quel serait-il ?

"La réduction de la pensée, le déni de démocratie et la perte de liberté. Le Conseil régional est décision­naire sur des points clés qui influent sur notre quotidien : les lycées, la formation pro, le dévelop­pement écono­mique… Cette élection va décider de notre destin pour les 5 ou 10 prochaines années. Va-​t-​on le confier à des gens qui stigma­tisent et jouent avec les peurs ? 

Mariani, c'est la répression, la suppression des acquis sociaux. On l'a vu avec Chevallier à Toulon (maire FN de 1995 à 2001, NDLR)."

À Fréjus, qui est RN, ou à Béziers, apparentée, les édiles ont pourtant été réélus au premier tour l'année dernière.

"Allez voir les quartiers populaires, où l'action sociale a été réduite ou supprimée, où l'éducation a été ciblée et stigmatisée. 

"Demain, avec une victoire du RN en Paca, nous pourrions devoir entrer en résistance" 

Jean-​Laurent Félizia

Il faudrait plutôt être créatifs, organiser nos terri­toires, agir pour la solidarité et les projets citoyens. Je me bats pour ce monde d'après, et cette région d'après."

La sécurité apparaît, au travers de plusieurs sondages, comme la principale préoc­cu­pation des électeurs. Que proposez-​vous en la matière ?

"Il faut faire preuve d'autorité. Notre boulot, c'est d'anticiper ce qui peut devenir une bombe à retar­dement. Quand il y un manque d'égalité de traitement, les gens s'insurgent et se rebellent. Certains se retrouvent à vivre dans des zones de non-​droit parce que le service public a disparu, et qui veulent ensuite tout casser."

Donc une réponse sociale sur le long terme, mais que faire aujourd'hui alors que la délin­quance augmente fortement dans les gares en Paca ?

"Il faut accom­pagner les personnels du ferro­viaire, et faire un état des lieux du nombre d'agents. Il faut dissocier le métier de contrôleur et de personnel de sécurité, chacun a son rôle. Mais je ne veux pas de suren­chère, je ne suis ni shérif, ni Josh Randall (un héros du Far West dans la série Au nom de la loi, en 1958, NDLR)."

Vous proposez d'investir dans le ferro­viaire tout en baissant le prix des billets. Comment faire ?

"Nous y sommes attachés. Par paliers, nous irons vers la gratuité des trajets en TER dans un même dépar­tement d'ici à la fin du mandat. En septembre 2022, ils ne coûteront plus que 2 euros, déjà.

Nous accélé­rerons la vitesse des trains, sans fermer, une nouvelle fois, des gares. Nous allons agir sur les mobilités : mettre à dispo­sition des collec­ti­vités 200.000 vélos en Région Paca, ce n'est pas du tout extravagant.

C'est une question de priorités budgé­taires : les nôtres seront les trains et la rénovation des lycées." 

Quelles seraient vos premières urgences si vous étiez élu fin juin ?

"Les lycées, la formation et l'emploi. On veut avoir des acteurs écono­miques qui soient citoyens, il faut les éduquer à vivre ensemble et à apprendre un métier. Et engager la transition écono­mique qui va porter la nouvelle économie. Elle sera soutenue par les services publics en région que sont les trans­ports. Par exemple, les dépla­ce­ments à Nice sont très compliqués."

Comment porteriez-​vous assis­tance cet été au secteur touris­tique, durement éprouvé par la crise ?

"Pendant la crise sanitaire, la Région a placé en coma artificiel beaucoup de commerces, c'était utile. Maintenant, nous devons anticiper. Il faut travailler avec les acteurs écono­miques de cette filière, sur le littoral, dans le Moyen Pays et partout ailleurs. Nous devons aller vers un tourisme plus quali­tatif, qui permette aussi d'éviter les concen­tra­tions de fréquen­tation sur le littoral. 

Pour les dépar­te­ments alpins, les choses sont irréver­sibles. Le manteau neigeux se réduit comme peau de chagrin. ll faut trouver avec eux des solutions pour créer un tourisme vert qui stabilise ces territoires."


Son message à Governatori

Le conseiller municipal niçois et écolo fait cavalier seul dans ces régio­nales, en menant une liste dissidente. 

"On ne peut pas faire de l'écologie sans parler de solidarité, d'égalité. Je n'ai pas critique à former à l'endroit de Jean-​Marc Governatori, mais quand je l'entends dire que l'écologie ne peut pas être de gauche, je lui réponds que si c'est pour être candidat et ensuite se ranger au second tour derrière ceux qui n'ont jamais voulu s'engager pour l'environnement, comme il l'a fait en 2015, ce n'est pas le peine de se présenter. Qu'il rejoigne direc­tement monsieur Muselier."

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