Le maire de Nice, soutien du gouvernement, veut éviter à la capitale de la Côte d’Azur de sombrer « sous les nuages bruns » de l’alliance entre la droite traditionnelle et Marine Le Pen. Contre « le traître » Eric Ciotti, c’est lui qui lançait, samedi, la campagne de la coalition présidentielle. Avec une stratégie à double tranchant.
Commentaire — Le seul à s’être exprimé n’est pas candidat aux législatives anticipées. Samedi 15 juin, avec un (très long) discours, Christian Estrosi a amorcé pour les trois circonscriptions niçoises - I, III et V - la campagne de la coalition macroniste « Ensemble ». Les trois investis par le parti Horizons, tous adjoints ou l’ayant été récemment : Philippe Pradal, Graig Monetti et Gaël Nofri, qui ne se sont étonnement pas exprimés.
Le maire a convoqué le passé pour assurer que la victoire des centristes est possible dans le Sud. En 2015, rappelle-t-il, sa liste avait remporté le conseil régional contre une Marion Maréchal-Le Pen à plus de 40% au premier tour. À l’époque, la gauche s’étaient retirée pour assurer sa victoire. En cas de peu probables triangulaires, il y a fort à parier que ça n’arriverait plus.
Moins récent, Christian Estrosi a évoqué, devant 200 fidèles réunis près de sa permanence, sa victoire en 1988 dans la cinquième circonscription des Alpes-Maritimes, alors largement acquise aux socialistes. L’allusion est claire, son poulain et adjoint Gaël Nofri pourrait y transformer l’essai, cette fois contre le Rassemblement national. D’autant que l’intéressé « est sur le terrain depuis des mois, mobilisé jour et nuit aux côtés des habitants pendant la dernière tempête, alors que la sortante Christelle d’Intorni (LR-RN) bronzait sur une plage des Maldives ».
L’édile a aussi témoigné de son soutien son fidèle Philippe Pradal, candidat à sa réélection dans le troisième secteur et bousculé par l’union de la droite et du RN.
Quelques mots seulement à l’endroit de Graig Monetti, pour rappeler notamment sa campagne plutôt saluée par les médias, en 2022. Il se lance à nouveau contre le sortant, Eric Ciotti, élu et réélu depuis dix-sept ans. Lequel avait remporté 31,7% des voix au premier tour, et le RN 13,3%. Rassemblés cette fois-ci, ils pourraient presque espérer une victoire sans ballotage.
Les tacles ont été particulièrement nombreux au sujet de son ancien bras droit, avec qui les relations étaient déjà très largement distendues depuis des années. « Le traître » Eric Ciotti, allié de Marine Le Pen, se voit reprocher cette « accord avec les forces du mal », qui fait poindre près de Nice « les nuages bruns ». Comprendre, ceux du fascisme. « Ces gens-là ne pourront mener aucune des réformes qu’ils promettent, sauf à imposer une dictature. Et sur ça, je mets en garde tout le monde ».
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Stratégie risquée ?
Pour lui désormais, « la droite et les vrais républicains sont autour de nous, et nulle part ailleurs ». Tellement, que les LR opposés à l’union avec le RN ont quelques jours durant songé à soutenir un fidèle de Christian Estrosi, Pierre-Paul Léonelli, comme candidat face à Eric Ciotti. Las, les discussions ayant échoué, le parti gaulliste a décidé d’envoyer un inconnu faire tapisserie.
Quelques coups pleuvent encore contre l’ancien ami. « Il avançait masqué depuis si longtemps. C’est un trouillard qui s’accroche à ses privilèges, qui mendie des postes. Si on lui avait proposé un sous-secrétariat d’Etat au chou farci, il l’aurait accepté ! Il a tellement trahi tout le monde que je recommande à madame Le Pen de s’en méfier…»
Le reste du discours fut majoritairement… communal. La stratégie de Christian Estrosi est claire, et elle pourrait être efficace : alors que les gens risquent de se désintéresser d’une élection en partie organisée pendant les vacances scolaires, et que notre territoire est connu pour son abstention, il s’agit de mobiliser avec des sujets du quotidien. C’est ainsi qu’il a plutôt livré des arguments de campagne municipale, parlant même de l’évolution du réseau des pistes cyclables, et de la gestion de la cantine scolaire.
Une astuce qui a son revers. Si d’aventure les proches du maire ne remportaient pas le match dans leurs circonscriptions respectives, bien des adversaires y verront une aubaine pour y interpréter un franc désaveu de l’administration Estrosi.





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