L'invitée du dimanche - Voici un an que Jennifer Salles-​Barbosa est l'adjointe de Christian Estrosi chargée des Solidarités. Alors que la crise sanitaire n'est toujours pas une page tournée et que de nombreux Niçois risquent de basculer dans la précarité, on fait le point sur la politique sociale menée par la Ville.

Précarité

NICE-​PRESSE - Vous avez annoncé il y a peu le lancement d'une mutuelle communale pour les plus défavo­risés : comment va-​t-​elle fonctionner ?

Jennifer Salles-​Barbosa : "C'est un sujet très important pour nous, puisque cette initiative va permettre à tous d'avoir accès aux soins. Dans cette période, on le sait, beaucoup de citoyens ne peuvent plus faire face à leurs dépenses de santé. La réflexion est en cours sur la forme exacte que prendra cette mutuelle, sur le parte­naire que nous choisirons. Mais tout sera en place d'ici à décembre 2021."

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Les chiffres sont drama­tiques, on estime notamment que le nombre de SDF a doublé en un an dans notre ville. Qu'est-il prévu concrè­tement pour eux cet été ?

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"Le chiffrage des personnes sans domicile stable est compliqué, il y en a beaucoup et ils sont très diffé­rents. Je fais des maraudes, je vois des personnes très diffé­rentes : ceux qui sont là depuis des années, ceux qui refusent encore d'être aidés, ceux qui viennent de basculer dans la grande pauvreté et qui ne savent pas à qui s'adresser.

Pour les personnes qui vont aux distri­bu­tions alimen­taires, mais qui ont encore un toit au-​dessus de la tête, la priorité est d'agir pour qu'elles puissent le garder, puisqu'on sait que la perte du logement est un point de rupture. Elles sont accom­pa­gnées par nos services.

Il y a un sujet sur l'aide alimen­taire : certaines associa­tions étaient débordées par les demandes, d'autres devaient jeter leurs restes. Nous sommes en train de travailler avec toutes les assos pour qu'il y ait un meilleur maillage terri­torial sur la ville.

L'été, on le sait, on manque parfois de bénévoles. Avec Solidarité 06, nous avons monté un site internet (dispo­nible par ici) qui permettra à toutes les personnes volon­taires de s'inscrire pour aider. Nous avons aussi mis sur pied une organi­sation qui permette trois distri­bu­tions chaque jour. Enfin, notre structure d'hébergement de nuit restera ouverte tout l'été."

D'ici à la rentrée, la sénatrice azuréenne Dominique Estrosi-​Sassone (LR) évoque une éventuelle "crise humanitaire".

"Nous n'avons pas attendu le troisième confi­nement pour agir. Nous faisons tout pour éviter la grosse crise sociale qui nous attend. L'enjeu sera d'être présents aux côtés de la classe moyenne basse qui va être touchée et qui n'osera pas, ou ne saura pas vers qui se tourner pour obtenir de l'aide. Nous allons aller au-​devant de ces craintes, sur le terrain, pour ne laisser personne."

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Covid-​19

Comment la pandémie a impacté les établis­se­ments sociaux niçois ?

"Toutes nos struc­tures sont restées ouvertes au contact des plus fragiles, on y a tenu. Le CCAS (Centre Communal d'Action Sociale, ndlr) gère des EHPAD, des centres sociaux, des établis­se­ments pour personnes sans domicile stable… Nous avons maintenu le lien, en nous adaptant."

"Nous voulons dépous­siérer le CCAS"

Jennifer Salles-​Barbosa

Comment cette crise pourrait-​elle faire évoluer votre action ?

"L'interaction entre les diffé­rents établis­se­ments était moins efficace avant, nous avons beaucoup appris de cette période. Le lien social, primordial, a manqué, ce pourquoi nous allons poursuivre tous nos efforts au niveau de l'intergénérationnel

Quand on parle CCAS, on pense souvent aux personnes âgées, ou précaires. Ce n'est pas uniquement ça."

Il y a une volonté de redyna­miser tout ça…

"Tout à fait. Avec Christian Estrosi, nous voulons dépous­siérer le CCAS. C'est un formi­dable outil, avec plus de 700 agents. C'est le bras armé du social pour la Ville de Nice. Nous voulons mettre en avant toutes nos compé­tences, avec, notamment, une meilleure commu­ni­cation, sur le terrain comme sur les réseaux sociaux. Nous y travaillons. 

Nous avons donné des signes forts dans le Conseil d'administration, avec l'accueil d'un repré­sentant étudiant de la FACE 06, et de l'association Accueil femmes solidarité. 

Nous sommes très engagés sur cette cause, ce n'est pas qu'un affichage."

Jeunesse

Comment accompagnez-​vous également les plus jeunes ?

"Dans nos centres sociaux, nous accueillons tous les publics : des familles, des jeunes, nos aînés. Si vous voulez, vous avez autant de personnes âgées qui vont faire du tricot, que de 12-​18 ans qui vont venir pour s'intéresser, par exemple, au camp des Milles (ancien camp de dépor­tation d'Aix-en-Provence, ndlr) avec les travailleurs sociaux. C'est un moment d'échanges, d'enrichissement, sur des sujets souvent compliqués à aborder dans les quartiers diffi­ciles. On le fait avec bienveillance. Tout cela leur permet de se sentir acteurs de leur quartier.

Nous avons aussi la volonté 'd'aller vers': l'idée est de ne plus attendre que les publics concernés viennent toquer à la porte de nos centres sociaux, mais que nous venions direc­tement à leur rencontre, dans une démarche d'ouverture."

Plus d'un enfant sur cinq est touché par la pauvreté dans les Alpes-​Maritimes : comment concrè­tement leur venir en aide ?

"C'est une préoc­cu­pation majeure. Les Anima'Nice, notamment dans les quartiers, permettent d'agir. Certains enfants ne mangent pas à leur faim quand il n'y a pas école, ne partent jamais en vacances… Nos centres permettent de sortir de ce cadre-​là, de ces difficultés."

Droits des femmes

L'accompagnement des femmes victimes de violences est également l'une de vos priorités affichées.

"C'est une cause nationale déclarée par Emmanuel Macron, et une cause municipale pour Christian Estrosi depuis 2008. 

Nous avons une structure d'accueil de jour pour ces femmes et leurs enfants qui s'appelle l'Abri Côtier. Attention, on trouve beaucoup de profils diffé­rents parmi les victimes, raison pour laquelle nous devons avoir un accom­pa­gnement très fort. 

Je le vois en tant qu'avocate, faire la démarche de porter plainte demande beaucoup de courage et de force. Pendant le confi­nement, où certaines femmes se sont retrouvées face à leur bourreau, nous avons mis en place une ligne télépho­nique, et une adresse email. Les bornes d'appel d'urgence ont également beaucoup aidé.

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Après, nous ne pouvons pas tout faire. Les ordon­nances de protection sont rendues beaucoup plus rapidement qu'avant, mais le délai, souvent de quinze jours, est toujours bien trop long. Et il faut encore que les moyens suivent pour les faire appliquer ! Nous devons continuer de mettre la pression sur le gouvernement."

Propos recueillis par Clément Avarguès le 8 juillet 2021

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