Depuis quelques semaines, à 26 ans, Jordan Bardella est devenu le nouveau patron par intérim du Rassemblement national. Présidentielle, campagne de Marine Le Pen, "phénomène" Zemmour, scores du RN dans les Alpes-​Maritimes… En visite à Nice, il a reçu Nice-​Presse, en marge d'un dépla­cement au centre de rétention des sans-papiers.

Vous arrivez ici en terrain favorable, avec des scores plutôt hauts pour le RN aux européennes et aux régionales…

Dans les grandes villes, Nice fait exception. Nous sommes solidement installés, mieux struc­turés qu'avant, avec un groupe au conseil municipal porté par Philippe Vardon. 

Les analyses que nous formulons et les solutions que nous proposons imprègnent. Nice est une terre de conquête. 

…mais d'après un maire-​adjoint niçois, il y aurait "un très fort engouement pour Éric Zemmour à Nice". Pas de crainte d'être électoralement "grand remplacés" ?

Vous me parlez de monsieur Nofri, qui était au Rassemblement national ? Depuis, il soutient Christian Estrosi qui appelle à voter Emmanuel Macron, mais il soutient aussi Éric Zemmour. Ce type de personnage contribue fortement au désamour que les Français éprouvent vis-​à-​vis de la politique. 

Je pense qu'il y a un phénomène média­tique avec Éric Zemmour, c'est incon­tes­table. Sauf que si Marine Le Pen peut gagner contre Emmanuel Macron, pas lui. 

Le RN et lui dressent un constat proche, mais nos solutions sont plus rassu­rantes pour la Nation. C'est fédérer qui permet de remporter une élection présidentielle. 

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© Clément Avarguès, Nice-Presse

Votre collègue RN, le conseiller municipal Philippe Vardon, mettait en garde il y a peu contre un "remplacement de population" dans certains quartiers niçois. Où serait le problème ?

De plus en plus de Niçois ne recon­naissent plus le pays dans lequel ils ont grandi. Ils ont le sentiment que des gens sont arrivés, avec l'idée non pas de s'inscrire dans la commu­nauté nationale, mais de la changer, en réalité. Il y a une substi­tution de population qui s'est opérée dans certains quartiers. 

Les chiffres le montrent : 1% de prénoms étrangers parmi les nouveaux-​nés dans les années 1970, contre près de 20% en 2019.

C'est un problème pour vous aussi les prénoms étrangers ? Ça vexerait les nombreux Niçois qui ont des prénoms italiens, par exemple.

Donner un prénom français à ses enfants, c'est une marque d'attache et d'amour qu'on accorde au pays qui nous accueille. 

Mais je pense toutefois que l'immigration mérite un combat politique, surtout pas que l'on s'attaque à des personnes, qu'on les désigne pour telle ou telle raison. Notre mission est de résoudre des phéno­mènes, pas de provoquer, ou de critiquer ceux qui n'auraient pas "le bon prénom". 

Ce débat souligne surtout qu'il y a des généra­tions d'immigrés qui sont arrivées dans notre pays et qui ont fait l'effort exigeant de s'assimiler. Aujourd'hui, les nouvelles s'en dispensent, semble-t-il.

Des tenants de la droite conservatrice vous empêchent de remporter certains sièges dans les Alpes-​Maritimes, on pense par exemple à Éric Ciotti. C'est encore un frein pour vous, particulièrement ici, non ?

Les Républicains, c'est aujourd'hui un canard sans tête, mais ils conservent des collec­ti­vités où ils sont solidement installés, c'est vrai. Cela étant, ils ont participé au déclin de notre pays. 

Sous Nicolas Sarkozy, ils ont fait entrer un million d'étrangers supplé­men­taires, supprimé la double peine, poursuivi les négocia­tions pour l'adhésion de la Turquie à l'UE, supprimé 12.500 postes de policiers et gendarmes… Éric Ciotti, mais surtout Les Républicains d'une manière générale, parlent comme nous à 6 mois des élections, mais gouvernent comme les socia­listes une fois au pouvoir. 

Il y a 30 ans, nous avons été les seuls à tirer de vrais constats sur l'immigration, qui sont aujourd'hui largement partagés. C'est aussi pour cela que nous avons les meilleures solutions. Le plus grand défi de la France au XXIe siècle c'est cela : rester elle-même.

Vous avez dévoilé une première affiche, champêtre et apaisée. On peut vraiment compter sur vous pour ne pas aller dans la surenchère, histoire d'éviter une campagne attendue comme particulièrement violente ?

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© DR

Une violence gratuite est commise toutes les 44 secondes dans notre pays : nos libertés sont attaquées parce qu'il n'y a plus un endroit, y compris dans les Alpes-​Maritimes, où l'insécurité ne s'est installée.

Nous souhaitons, en priorité, rétablir l'autorité de l'État et l'ordre, mais dans la paix civile. Les discours radicaux et brutaux sont inutiles. 

Zemmour est dans une stratégie de renversement de table. Si l'État de droit le freine dans sa radicalité, il s'y attaquerait, notamment en sortant des traités internationaux, par exemple. Pas vous. Vous n'êtes pas plombés par votre réalisme, qui parle peut-​être moins à vos électeurs ?

Les familles politiques sont toujours tiraillées entre le réalisme et la radicalité. On pourrait se faire plaisir en allant dans une forme de provo­cation au niveau de nos propo­si­tions. Mais on ne gagnera pas, on ne trouvera pas de vraies solutions sans rassembler une majorité de Français. Pour cela, il faut rassurer. Dans l'unité, alors que le pays n'a jamais été aussi divisé que sous le quinquennat d'Emmanuel Macron. 

Le pire de ce qui peut arriver à une Nation, c'est la guerre civile. Contrairement à Éric Zemmour, je ne crois pas qu'elle soit inéluctable. 

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